Avec plus de 1 000 lignes en Europe, easyJet est l'une des compagnies les plus concernées par les réclamations pour retard de vol. Rotations serrées, aéroports saturés, contraintes de créneaux : un incident matinal peut se propager toute la journée sur un même avion. La bonne nouvelle, c'est que le règlement européen (CE) n° 261/2004 encadre précisément vos droits, indépendamment du prix payé pour votre billet. Voici ce que vous pouvez réellement obtenir, et comment.
Quel texte s'applique à un vol easyJet ?
easyJet opère sous plusieurs licences : easyJet UK, easyJet Europe (certificat autrichien) et easyJet Switzerland. Pour savoir quel régime s'applique, retenez une règle simple :
- Départ d'un aéroport de l'Union européenne (France, Espagne, Italie, Portugal, Pays-Bas...) : le règlement EC 261/2004 s'applique, quelle que soit la destination.
- Départ hors UE vers l'UE : le règlement s'applique si le vol est opéré par un transporteur de l'Union, ce qui est le cas d'easyJet Europe ou easyJet Switzerland.
- Départ du Royaume-Uni : c'est le régime britannique équivalent (UK261) qui prend le relais, avec un barème exprimé en livres sterling.
Dans la grande majorité des trajets au départ de France, de Suisse ou d'Europe continentale, vous êtes donc couvert.
Le seuil décisif : 3 heures de retard à l'arrivée
L'indemnisation forfaitaire est due lorsque le retard atteint 3 heures ou plus à la destination finale. Deux précisions capitales :
- C'est l'heure d'arrivée qui compte, pas l'heure de décollage. Un vol parti avec 3 h 30 de retard mais rattrapant du temps en vol et arrivant avec 2 h 45 de retard n'ouvre pas droit à indemnité.
- L'arrivée est considérée comme effective au moment de l'ouverture d'au moins une porte de l'appareil, et non au posé des roues. Ces quelques minutes font parfois basculer un dossier.
Si vous voyagiez sur une réservation unique avec correspondance, le retard se mesure à l'arrivée du dernier segment : un retard de 40 minutes sur le premier vol faisant manquer la connexion peut ainsi générer une indemnité pleine.
Barème : 250, 400 ou 600 €
Le montant dépend uniquement de la distance orthodromique du vol, pas du tarif du billet :
- 250 € pour les vols jusqu'à 1 500 km : Paris–Nice, Lyon–Porto, Genève–Naples, Nantes–Barcelone.
- 400 € pour les vols intra-UE de plus de 1 500 km, et les autres vols entre 1 500 et 3 500 km : Paris–Athènes, Bâle–Lanzarote, Genève–Tel Aviv, Nice–Marrakech.
- 600 € pour les vols de plus de 3 500 km entre un aéroport européen et un pays tiers : dessertes vers l'Égypte (Hurghada, Charm el-Cheikh) ou la Jordanie, par exemple.
Le montant est dû par passager, y compris pour un enfant occupant un siège payant.
Quand easyJet peut légitimement refuser
La compagnie est exonérée en cas de circonstances extraordinaires : conditions météorologiques rendant le vol impossible, grève des contrôleurs aériens, fermeture d'aéroport, décision de l'autorité de gestion du trafic, urgence médicale à bord, collision aviaire, menace de sécurité.
À l'inverse, ne constituent pas des circonstances extraordinaires selon la jurisprudence européenne :
- une panne technique relevant de l'entretien normal de l'appareil ;
- une grève du personnel propre à la compagnie (pilotes, personnel de cabine) ;
- un problème d'organisation, d'équipage indisponible ou de rotation en cascade ;
- la survente ou un simple retard de l'avion précédent, sauf cause externe démontrée.
La charge de la preuve pèse sur le transporteur : c'est à easyJet de documenter la cause invoquée, pas à vous de la réfuter.
Vos droits pendant l'attente
Indépendamment de l'indemnité, à partir de 2 heures de retard au départ, le transporteur doit assurer une prise en charge : rafraîchissements et repas proportionnés à l'attente, moyens de communication, et hébergement avec transferts si une nuit s'impose. Ces frais sont dus même en cas de circonstances extraordinaires. Si rien ne vous est proposé, avancez les frais raisonnables et conservez les justificatifs pour demander leur remboursement.
Au-delà de 5 heures de retard, vous pouvez renoncer au voyage et demander le remboursement intégral du billet non utilisé.
Retard, annulation, réacheminement : ne confondez pas
easyJet transforme parfois un retard majeur en annulation avec report sur un vol du lendemain. Dans ce cas, c'est le régime de l'annulation qui s'applique : l'indemnité reste due si l'information est intervenue moins de 14 jours avant le départ, sauf réacheminement proposé dans des délais très proches de l'horaire initial.
Jusqu'à 3 ans pour réclamer
En France, vous disposez de 3 ans pour agir. Un vol easyJet retardé à l'été 2023 peut donc encore être réclamé aujourd'hui. Réunissez : la confirmation de réservation, les cartes d'embarquement, les e-mails ou SMS d'easyJet, une capture de l'horaire réel d'arrivée et vos justificatifs de frais.
Attention aux bons d'achat ou gestes commerciaux proposés à l'aéroport : accepter un voucher ne vous fait pas nécessairement renoncer à l'indemnité légale, mais mieux vaut ne rien signer qui mentionne une renonciation à vos droits au titre du règlement 261/2004.
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